Darkrise

CRÉATION SCÉNIQUE
Création 2014 - 2017 - Biennale de la Danse de Lyon (FR)


Conception Scénographie Chorégraphie Danse – Aurélien Dougé
Musiques – Julien Tarride (création), Eric Perret, (création), Clouwbeck, Domenico Scarlatti, Antonio Vivaldi
Lumières et Régie – Rosemonde Arrambourg
Costumes – Caroline Bault
Assistante chorégraphique – Yu Otagaki

Durée – 40 min env.

Production – Inkörper Company
Accueil Studio – ADC - Genève, Grand Théâtre de Genève, Studio des Bains - Genève, Le Grand R - La Roche sur Yon , ProjetH107,
Partenaires de diffusion – Ville de Genève, République et Canton de Genève, ProHelvetia, Fondation Suisse pour la culture

Photos – © Julien Benhamou
Teaser – Adrien Selbert

 

Ce voyage chorégraphique au bout de la nuit prend la forme d’une lutte « à mort » entre ombres et lumières. S’extirpant peu à peu des ténèbres qui menacent de l’engloutir, le corps du danseur pulse superbement. Et quand bien même le combat serait-il inégal et son devenir à lui éphémère, la beauté des figures nous immerge dans une expérience sensorielle unique. Engagé corps et âme dans cette performance dansée sur fond de musique mêlant le baroque à l’électro-expérimentale, Aurélien Dougé nous fait entendre la voix intérieure d’un corps menacé de finitude et qui se métamorphose, comme sublimé par la grâce.

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Dans DarkRise la mort joue un rôle prépondérant, autant comme un élément factuel inévitable que comme une antithèse à la vie, matérialisée par le rythme effréné qui l’accompagne et qui se fait l’écho de nos existences modernes parfois décousues et sans répit. Incarnée par l’obscurité de laquelle le danseur tente de se détacher dans un combat final, la mort prend aussi la forme d’un mal invisible et sournois, difficilement appréhendable, comme la poudre qui s’échappe d’un costume ou d’un ballon explosé et qui vient recouvrir subrepticement le corps en mouvement.

Avec ce solo, Aurélien Dougé maintient une vision cyclique de cette inéluctable lutte entre la vie et la mort, comme la lumière qui n’a de sens qu’en opposition aux ténèbres, ce qu’il met subtilement en scène, utilisant les sources lumineuses comme des acteurs à part entière. Émanant des spots scéniques, les faisceaux balaient savamment le corps en sculptant chaque muscle, à la manière d’une œuvre de Rodin. Mais l’artiste fait aussi intervenir le public à qui il distribue des lampes de poche avec la consigne de les utiliser librement au signal donné, afin d’accentuer l’arbitraire de cette destinée humaine mise en scène.

Le spectacle se scande en tableaux brefs qui se suivent sans transition, transportant le spectateur à travers une suite d’émotions puissantes. On passe de la mort à une sorte de paradis, enchaînant sur une séquence très rythmée où le danseur revêt un costume japonisant qui accompagne ses mouvements de sombres volutes. Signature de l’artiste, une séquence de ralenti vient suggérer la renaissance et la reconstitution du corps, après un combat contre l’invisible maladie. L’introduction du miroir fait référence à la porte vers un autre univers, mais aussi au dédoublement de l’être en un corps matérialisé sur scène qui se prolonge en image spirituelle par son reflet. La musique qui accompagne le danseur consolide enfin la structure fragmentée de l’ensemble, en étoffant chaque pièce d’une densité accrue.

L’énergie qui émane de DarkRise puise sa source dans une expérience vécue par le chorégraphe, celle de la mort par cancer d’un être cher avec qui il entretenait une correspondance privilégiée et qui a nourri l’écriture de l’œuvre. Dépourvue d’anecdotes ou d’éléments superflus, cette œuvre dansée trouve sa force dans la sincérité de partage de vie que l’artiste réussit à transformer en une thématique universelle et profondément humaine, celle du cycle de vie et de mort, et qui nous renvoie à notre propre fragilité.

Nicole Kunz


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